05/03/2010

L'art de crier "au loup" quand on ne comprend pas toutes les subtilités !

Selon un article paru aujourd'hui (Ricardo GUTIERREZ, " Médicaments sur prescription : le coût a flambé de 12,5 % en 1 an ", LE SOIR, p. 2), les dépenses de médicaments de l'INAMI (3,2 milliards d'euros) auraient augmenté de 12,5 % en 2008 par rapport à 2007 et le volume (nombre DDD : 4,2 milliards en 2008) aurait connu une hausse de 6 %. Le Soir en conclut donc que le coût moyen par unité a fortement augmenté.

En outre, Plavix est présenté comme cause principale de la forte croissance de la consommation dans le groupe sang et organes hématopoïétiques (groupe B). L'article précise aussi que la couverture généralisée des " petits risques " pour les indépendants n'a eu qu'un impact très limité sur la croissance des dépenses. Il mentionne également la faible part des génériques qui représentent 9,6 % des dépenses.
Hélas, les chiffres sont incorrects ou sans pertinence.

Tout d'abord, pour 2009, on peut voir après 10 mois que les dépenses de l'INAMI augmentent de 4,2 %. Pour l'année complète 2009, le marché ambulatoire (officines publiques) augmente de 2,2 % en valeur alors que le marché hospitalier augmente, lui, de 5,1 % principalement à cause des hospitalisations de jour (+11,1 %). Les dépenses de médicaments de l'INAMI restent dans les limites du budget prévu pour 2009, comme l'a constaté le Conseil général de l'INAMI.

En ce qui concerne l'année en cours, 2010, les dépenses pour les spécialités pharmaceutiques peuvent augmenter de 1,8 %. Le secteur a notamment subi des mesures d'économie pour un montant de 81 millions d'euros. De ces mesures découlent en outre les fortes baisses de prix à partir du 1er avril 2010 pour les médicaments hors brevet.


Comment expliquer alors le cri d'alarme du Soir ?
Il y a eu confusion pour l'année 2008. Des années non comparables ont été comparées puisque la couverture des " petits risques " pour les indépendants n'est entrée en vigueur qu'à partir de 2008. Si on neutralise cet élément qui a créé la confusion dans cet article, l'année 2008 a connu une croissance de 6 % en volume et de 7 % en valeur - ce qui implique que le prix moyen est presque resté inchangé.

En effet, selon les données de l'IPhEB et de PHARMANET, le médicament est seulement 1,2 % plus cher en 2008 pour l'INAMI (+0,2 % du prix public et baisse de 4,3 % du ticket modérateur par DDD). Et ceci, alors que l'inflation est de 4,5 %.

L'augmentation de 66 % des volumes dans la catégorie sang et organes hématopoïétiques signifie en valeur une croissance d'à peine 13,8 %. Cette croissance n'est pas due au Plavix mais bien, selon l'INAMI (p 3.9 du rapport standardisé), au remboursement de l'aspirine effectué en 2008 (Asaflow depuis mars 2008 et Merckasa depuis février 2008). Il s'agit ici de grands conditionnements (traitement chronique préventif) et donc d'un grand nombre de DDD.

La part des médicaments bon marché s'élève en 2008 à 40,1 % en volume et 17,5 % en valeur. Les génériques et copies représentent donc environ la moitié de ces chiffres (24 % en volume et 10,8 % en valeur) puisque l'autre moitié correspond aux médicaments originaux qui ont baissé leur prix après l'expiration de leur brevet.

La hausse des dépenses de l'INAMI en 2008 pour les médicaments (+7,1 % sans les indépendants) a provoqué un dépassement budgétaire qui a été payé, à raison de 100 millions d'euros, par l'industrie. En tenant compte de ces 100 millions d'euros, le coût net pour l'INAMI n'a augmenté que de 4,02 % en 2008.

17:49 Écrit par Dr CD dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : inami, revue presse |  Facebook |